Concrétisation des droits humains et Solidarité
La transition mondiale vers les énergies renouvelables entraîne une demande sans précédent pour ce que l’on appelle les minéraux critiques, tels que les terres rares, le graphite et d’autres ressources stratégiques utilisées dans les batteries, les véhicules électriques, les panneaux solaires et les éoliennes. Si ces minéraux sont souvent présentés comme essentiels pour lutter contre le changement climatique, leur extraction s’accompagne de coûts sociaux et environnementaux considérables, un prix qui est fréquemment payé par les communautés vivant à proximité des projets miniers.
Madagascar est devenu l’un des pays au cœur de cette course mondiale aux minéraux critiques. Plusieurs projets miniers à grande échelle sont prévus, en cours d’expansion ou déjà en activité à travers le pays, notamment des projets d’extraction de terres rares dans le nord, d’exploitation de sables minéraux dans le sud-ouest et des opérations existantes dans le sud-est. Ces projets sont présentés comme s’inscrivant dans la transition écologique mondiale, mais ils soulèvent de graves préoccupations en matière de justice environnementale, de droits communautaires et de participation démocratique.
Les expériences menées dans les régions minières du monde entier ont montré que l’extraction de minéraux critiques peut entraîner la perte d’accès à la terre, à l’eau et aux forêts, l’insécurité alimentaire, la contamination de l’environnement, des déplacements forcés, la perte de moyens de subsistance et des dommages à long terme aux écosystèmes. À Madagascar, de nombreuses communautés craignent que ces risques ne l’emportent sur les avantages promis, en particulier dans les zones où la population est déjà confrontée à des niveaux élevés de pauvreté et à un accès limité aux services publics.
Parmi les groupes les plus vulnérables à ces impacts figurent les personnes en situation de handicap.
À Madagascar, les personnes en situation de handicap sont souvent confrontées à de multiples formes d’exclusion liées à la pauvreté, à la discrimination et à un accès limité à l’information. Elles sont fréquemment absentes des consultations publiques et des processus décisionnels, même lorsque les projets affectent directement leur vie et leurs moyens de subsistance. Les femmes en situation de handicap sont confrontées à des obstacles encore plus importants en raison de formes de discrimination qui se croisent et se recoupent.
Les conséquences de cette exclusion sont graves. Les décisions relatives à l’acquisition de terres, à l’indemnisation, à la réinstallation, à la protection de l’environnement et au développement communautaire sont souvent prises sans tenir compte des besoins et des préoccupations spécifiques des personnes en situation de handicap. En conséquence, celles-ci sont exposées de manière disproportionnée aux effets négatifs des projets miniers, tout ayant peu de moyens d’influencer les résultats.
Des expériences récentes dans le nord de Madagascar ont mis en évidence l’ampleur de ce défi. Lors de formations communautaires organisées par CONCRET-S dans des zones concernées par un projet d’exploitation minière de terres rares, de nombreux participants en situation de handicap ont indiqué qu’ils n’avaient jamais été inclus auparavant dans les réunions communautaires ou les processus de consultation. Pour certains, c’était la première fois qu’ils recevaient des informations sur leurs droits en matière de projets miniers ou qu’ils apprenaient comment fonctionnent les mécanismes de consultation publique.
Ce manque d’accès à l’information est particulièrement alarmant, car les processus de consultation publique constituent souvent l’une des rares occasions légales dont disposent les communautés pour faire part de leurs préoccupations, demander des éclaircissements, plaider en faveur de mesures de protection ou contester des projets susceptibles de menacer leur environnement et leurs moyens de subsistance.
Les recherches et les témoignages des communautés suggèrent également que les personnes en situation de handicap comptent parmi les groupes les plus durement touchés par les projets miniers à Madagascar. Pourtant, leurs préoccupations restent largement invisibles dans les débats publics sur la gouvernance des ressources naturelles et la voie de développement du pays.
Alors que Madagascar se prépare à une nouvelle vague d’investissements miniers liés à la transition énergétique mondiale, il est devenu de plus en plus urgent de garantir la participation effective des personnes en situation de handicap.
Pour relever ce défi, CONCRET-S, avec l’appui de « OILWATCH », a mis en œuvre une initiative visant à renforcer les capacités des personnes en situation de handicap vivant dans des communautés touchées par les activités minières. Au cours de sessions de formation, les participants se sont familiarisés avec les procédures de consultation prévues par la législation Malagasy, les normes relatives aux droits de l’homme applicables aux industries extractives, les mécanismes de relogement et d’indemnisation, ainsi que les voies de recours disponibles en cas de violation des droits.
L’objectif n’est pas seulement de sensibiliser, mais aussi de veiller à ce que les personnes en situation de handicap soient reconnues comme des titulaires de droits et des décideurs à part entière. L’expérience a déjà montré que lorsque les personnes ont accès à l’information et comprennent leurs droits, elles osent davantage s’impliquer dans la vie de leur communauté, suivre les projets qui les concernent et défendre la justice environnementale.
Une transition énergétique véritablement juste ne peut se mesurer uniquement au nombre de véhicules électriques ou d’installations d’énergie renouvelable qu’elle rend possible. Elle doit également être jugée à l’aune du respect des droits, de la dignité et de la participation des communautés dont les terres et les ressources rendent cette transition possible. À Madagascar, veiller à ce que les personnes en situation de handicap participent à ces discussions est une étape essentielle vers cet objectif.